L'écriture-femme, Béatrice Didier

Un très bel ouvrage, que j'ai beaucoup aimé. Avant de le lire j'appréhendais un peu, je n'avais jamais lu de critiques littéraires, je pensais que c'était forcément assommant, ennuyeux.
Mais j'ai tout de suite accroché. J'ai trouvé ce livre passionnant, je l'ai lu comme un roman. Cette réflexion sur une éventuelle spécificité de l'écriture des femmes, assortie de nombreux exemples, m'a vraiment intéressée.
Dans L'écriture-femme, Béatrice Didier veut d'abord étudier le phénomène de l'écriture des femmes dans sa généralité. Mais elle se rend compte que c'est impossible, car le facteur social est trop important : la société, l'histoire, et l'influence de la littérature masculine pèsent beaucoup sur l'écriture féminine.
Elle choisit donc, pour ne pas tomber dans la caricature, de choisir quelques oeuvres qui l'ont marquée, intéressée, et qui semblent pouvoir représenter des traits de l'écriture féminine pour les analyser de ce point de vue.
A travers ces nombreuses analyses, Béatrice Didier nous montre donc des spécifités de l'écriture féminine. Selon elle, "les écrits des femmes ont une parenté qu'on ne trouverait pas dans les écrits d'hommes". Elle pense qu'on peut reconnaître un écrit féminin à cause d'une certaine situation de le femme dans la société. Ainsi, une auteur féminine est souvent hors de la condition commune des femmes. Pour écrire, une femme, si elle n'est pas haut placée, doit se marginaliser, car jusqu'à récemment la relation conjugale rendait difficile l'écriture des femmes.
Béatrice Didier dégage également des spécificités que l'on retrouve souvent dans le style ou les thèmes des oeuvres féminines :
- des liens avec leur autobiographie dans leurs romans
- l'idée du conflit : désir d'écrire / hostilité de la société (ironie, dépréciation ...)
- une attirance pour certaines catégories esthétiques : le poétique, le merveilleux, le noir
- un certain accent de la confidence
- la fréquence d'images obsédantes comme leur enfance et la fascination pour une autre femme
- une utilisation du langage plus libre
- une certaine oralité
- des métaphores, un langage imagé et surprenant
- une relative carence de l'événementiel, peu de péripéties
- l'écriture du corps féminin vu et ressenti par la femme elle-même
- une sensibilité extrème
- une fluidité un peu bavarde
-une perception différente du temps
Mais le problème central reste que la femme réclame un droit à l'identité par rapport à une société qui le lui nie. Ce problème est évident dans le passé, mais il demeure également aujourd'hui car d'une part de nombreuses femmes sont encore traitées comme inférieures, malgré l'égalité officielle, et d'autre part, un fantasme de persécution peut persister, après tant de siècles d'entraves, l'ennemi est alors dans les femmes elles-mêmes.
Mais il ne faut pas trop généraliser, et garder à l'esprit que certaines femmes peuvent avoir une écriture pas du tout "féminine", et que certains hommes peuvent, eux, écrire avec "féminité".
Cet ouvrage a donc répondu à beaucoup de questions que je ne m'étais jamais posée, et me semble aujourd'hui essentiel pour quelqu'un qui aime la littérature.
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